Les basiques de l'entretien d'un terrain de sport naturel en « zéro phyto »

06 mai 2020

Lors du salon Paysalia 2019, la SFG (association française des professionnels des gazons) a tenu une conférence sur les terrains de sport naturels. Outre l'importance du choix de la graminée la plus adaptée, que nous avons abordé dans cet article, l'entretien a été un point essentiel. Un véritable casse-tête pour les collectivités, tiraillées entre l'envie de s'orienter vers le « zéro phyto » et la nécessité de proposer une qualité de jeu adéquate. Heureusement, en adoptant quelques règles simples, l'entretien d'un terrain de sport plus écologique devient un jeu d'enfant !

Règle 1 : Optimiser ses semis

Il faut laisser le temps aux graminées de s'installer avant la reprise du jeu ! Ainsi, dans la mesure du possible, il faudra veiller à ne pas semer juste avant une période propice au jeu ou lors d'une période de stress (climat défavorable, présence de maladies ou d'insectes). De plus, une graminée bien installée est plus résistante aux champignons. La fertilisation, si elle est nécessaire, doit s'effectuer une semaine après le semis plutôt qu'une semaine avant pour limiter le pâturin naturel.

Quand au sol, il ne doit être ni trop humide ni trop compacté. Pour optimiser la levée des graminées, on peut lui apporter des agents mouillants homologués MFSC (matières fertilisantes et supports de cultures).

Dans le cas du regarnissage d'un gazon sportif, mieux vaut multiplier les semis à faible quantité (3 semis de 12-15 gr par exemple) plutôt qu'un unique semis plus conséquent !

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Règle 2 : Améliorer la circulation de l'air et l'eau dans le sol

Saviez-vous que 95 % des terrains de sport naturels sont sur-arrosés en été ? Beaucoup de collectivités font l'erreur de calculer leur apport en eau en temps et non en milligrammes, ce qui est le meilleur moyen d'ouvrir la porte aux maladies ! Puisqu'une graminée en bonne santé nécessite moins de produits phytosanitaires, il faut prévoir l'arrosage en fonction des caractéristiques de son terrain de sport. Pour cela, faire une analyse du sol et en connaître la RFU (Réserve Facilement Utilisable) s'avère indispensable. Pour limiter l'humidité, plusieurs solutions sont à envisager et à combiner suivant les besoins :

  • Choisir le moment de l'arrosage : après 5h du matin, surtout en été, et en limiter le nombre.
  • Enlever les tensions de surface avec des agents mouillants (préférable lorsqu'une maladie est déjà déclarée ou lors de périodes de forte pression).
  • Sécher la feuille, par l'ajout d'engrais à base de fer foliaire (en automne ou en hiver) ou par le biais de ventilateurs (pour les terrains élites).
  • Utiliser des substrats à base de céramique poreuse ou de charbons émiettés en top-dressing (30 g/m²).
  • Jouer sur la hauteur de tonte pour favoriser la circulation de l'air au ras du sol. Mieux vaut laisser pousser le gazon sportif en été pour nourrir la racine, sauf si l'on doit lutter contre la pyriculariose* !

Pour maximiser la circulation de l'air, le défeutrage, le sablage et l'apport de bactéries restructurantes du sol seront de précieux alliés. Des techniques qui seront complétées de façon culturale à l'aide de louchets, pointes et lames !

Règle 3 : Favoriser des cellules végétales rigides et résistantes

Il faut privilégier une libération importante de l'azote dans le temps, soit en fractionnant le nombre d'apports, soit en optant pour des engrais à forte libération lente. En cas d'excès dans une pelouse sportive, c'est le risque de boulimie : les cellules élongées avec des parois « molles » deviennent beaucoup plus sensibles aux maladies !

Deux ingrédients seront incontournables :

  • Le calcium qui durcit les parois cellulaires et augmente la résistance à la chaleur.
  • La silice qui, en tant que biostimulant, améliore le rôle de barrière physique de la cuticule des feuilles tout en contribuant à la captation de la lumière.

Règle 4 : Limiter la conductivité du sol d'un terrain de sport naturel

L'urée, bien qu'elle soit la seule forme d'azote à pénétration foliaire, peut favoriser l'augmentation temporaire de la conductivité des sols et le pH. Ceci entraîne des risques de brûlures et le blocage d'oligo-éléments qui ont besoin d'un pH plus faible pour être assimilés.

Le soufre et le phosphore ne doivent pas non plus être utilisés en excès au risque d'avoir un sol trop « concentré » : on observe alors un ralentissement de l'osmose sol-plante et l'impossibilité pour les graminées de se nourrir convenablement en nutriments essentiels !

Cette règle est encore plus importante avec les substrats ayant des CEC faibles.

Règle 5 : Augmenter la résistance du gazon et sa densité

L'ajout d'acides aminés et peptides permet d’avoir des végétaux en accumulation d’énergie (au lieu de laisser les graminées les produire elles-mêmes par le biais des nutriments), mais sans pousse excessive.

Quant aux complexes d'oligo-éléments, ils permettent au gazon sportif de mieux se refermer en favorisant la densité des graminées. Un usage à privilégier une semaine avant un grand chantier d'aération du sol ou pour préparer la pelouse à une alimentation riche en azote, phosphore et potassium (appelée plus communément « NPK »).

Comment choisir les graminées adaptées pour un terrain de sport écologique ?

Règle 6 : Favoriser les échanges sol-plantes et la vie du sol

Les premiers centimètres du sol, appelés rhizosphère, abritent 90 % de son activité biologique. Ces micro-organismes permettent aux graminées de se nourrir convenablement, il est donc essentiel de préserver cette richesse en en incorporant dans l'entretien d'une pelouse sportive !

On utilisera soit des produits MFSC, qui aident la plante à se nourrir et/ou à se renforcer, soit des produits phytopharmaceutiques qui protègent les graminées des maladies. D'autres atouts à utiliser en fonction de la nature du sol : les levures mortes et matières organiques d'origine végétales et animales.

Enfin, limiter le feutre d'un gazon sportif est indispensable, au risque de voir apparaître des champignons antagonistes et d'empêcher les graminées de prendre racine !

Mieux comprendre le microcosme d'un terrain de sport — L'allégorie du frigo

  • Le frigo en tant que contenant représente le sol ou le substrat, qui permet de stocker l'eau et les aliments.
  • La prise électrique représente la matière organique, acides humiques fulviques et micro-organismes qui s'assurent que le « frigo » fonctionne correctement.
  • Les aliments stockés sont comme les aliments NPK + oligo-éléments : ils sont plus facilement disponibles si le « frigo » est branché.
  • Enfin, l'humain qui vient se servir dans un frigo agit comme les graminées lorsqu'elles cherchent à se nourrir : pour cela, le frigo doit être branché et facile à ouvrir !

En suivant ces règles relayées par la SFG, les collectivités réussiront à réduire drastiquement l'utilisation de produits phytosanitaires pour entretenir leurs terrains de sport naturels. Un changement d'approche nécessaire pour minimiser l'impact de l'humain sur son environnement !


* Pyraculiose : maladie causée par Pyricularia grisea, un champignon ravageur

© Crédit photo : mtaira / stock.adobe.com 

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